Femmes Sarahouies

 

 

Depuis 1975, des milliers de femmes sahraouies se sont retrouvées dans des campements dans le désert du sud algérien caillouteux et brûlant. Là il a fallu organiser la vie avec les enfants.
Ces femmes ont fui leur pays : le sahara occidental, occupé par le Maroc. Les hommes sont alors engagés dans la lutte avec le front Polisario ou bien sont prisonniers.
Seules, dans le plus grand dénuement, elles doivent faire face au quotidien.
Dans la tradition de la femme nomade, elles ont l’habitude de l’autonomie, mais la tâche est rude : il faut bâtir une organisation sociale et acquérir des formations professionnelles.
Trop ignorées du monde, elles mènent une vie qui vaut la peine d’être connue.


La République Arabe Sahraouie Démocratique est née dans ces camps de réfugiés de bout du monde où souffle avec le vent du désert un air de liberté, de ténacité et de foi triomphante.
En attendant que leur indépendance soit reconnue par la communauté internationale et que le référendum promis par l’ONU ait lieu, les femmes n’ont pas baissé les bras depuis 30 ans !
Au contraire , elles se sont organisées dans tous les domaines .

Les campements sont organisés en 4 wilaya : unités administratives régionales d’environ,
40 000 réfugiés chacune.
Elles portent les noms des villes abandonnées après la « Marche Verte » : El Aaiun, Smara, Dakhla et Aousserd . là, chaque famille, chaque cœur de femme porte la souffrance d’un disparu, un homme prisonnier ou mort.
Ces femmes sont appelées à prendre des responsabilités, ainsi se développe l’Union nationale de la femme sahraouie et l’Ecole des femmes.
Structures qui permettent de répondre aux besoins quotidiens.

Sennia Ahmed est wali de Smara, gouverneur de cette wilaya. Veuve d’un combattant, seule avec trois enfants, elle a la charge d’y représenter l’Etat sahraoui. Elle administre cette cité : « Dès que j’ai été nommée, les sages de la wylaya son venus me trouver. Ils étaient fiers d’avoir une femme à sa tête. Ils m’ont assurée qu’ils étaient prêts à me soutenir dans mes activités. D’ailleurs un dicton traditionnel affirme : si le lion tue, la lionne tue aussi. »

Sennia a la responsabilité de gérer toutes les activités de la wylaya dans des domaines aussi vitaux que ceux de l’éducation, de l’alimentation, de l’approvisionnement en eau, de la santé. Mais elle doit aussi assurer le bon fonctionnement des institutions de la république : « l’important est d’être le plus prêt possible de la réalité. Nos traditions nomades codifiées par l’orf et notre religion islamique nous donnent un cadre large pour les pratiques sociales. Nous désirons créer une société égalitaire capable de faire face aux problèmes actuels et futurs. »

Toutes les femmes travaillent et élèvent en même temps leurs enfants, des crèches ont vu le jour sur les lieux de travail : dans les institutions de la RASD, dans les écoles, les dispensaires, les hôpitaux, les ateliers, les administrations. Les femmes peuvent vaquer à leurs occupations sans lesquelles rien ne fonctionnerait dans les campements. En même temps elles peuvent se rendre auprès de leurs enfants, continuer à les nourrir . Ce fourmillement d’activités féminines donne toute son actualité à un proverbe : « un peuple sans femme est comme un jardin désert ».

Une enseignante prend la parole : « tous nos enfants sont scolarisés. Dans notre situation de guerre et d’exil, l’éducation remplit une place de choix dans la vie des enfants. Nous avons la responsabilité de faire vivre le plus normalement possible une génération qui n’a connu que les camps de réfugiés. Nous voulons donner une vraie vie d’ enfant à nos enfants.
Il y a des jardins d’enfants, ensuite les écoliers se rendent à l’école primaire de la wylaya, ils apprennent l’espagnol. Pour leur scolarité secondaire ils rejoignent deux grands internats.
Après le bac, les jeunes partent à l’université à l’étranger : Espagne, Cuba, Amérique latine.
Ceux qui ne peuvent pas partir à l’étranger, se rendent dans des instituts de « l’Ecole du 27 février » qui préparent à l’enseignement, à l’administration, aux professions paramédicales ou dans le centre de formation professionnelle. »
Chaque année , cette école donne naissance à 800 nouvelles responsables, à 800 femmes qui réalisent mieux la place qu’elles ont à prendre dans la société sahraouie.

Sur place, le travail des femmes.

Les femmes du comité artisanat rejoignent les ateliers de production : tissage, couture, fabrication et réparation de tentes.
Le comité santé riche de douze infirmières se rend sous les tentes. Tous les quartiers ont une responsable de santé qui délègue une aide soignante pour chaque rangée de tentes. Cette organisation très systématique des visites sanitaires renforce la politique de prévention développée dans les camps. Le malade reste sous sa tente si son mal est bénin. Par contre, il est conduit au dispensaire si son état l’exige. Il y a un hôpital par wylaya et un hôpital national si des complications surgissent.
Leïla suit une formation à l’hôpital national : « pendant un an j’ai travaillé dans le service de médecine générale. Chaque semaine, des cours théoriques donnés soit par les médecins, soit par des infirmières expérimentées complétaient ma pratique quotidienne. Nous apprenons comment prévenir les maladies, l’importance des vaccins. Dans la mesure de nos possibilités, nous suivons les directives de l’organisation mondiale de la santé. Plus les camps sont propres, moins il y a de danger d’épidémies. »

Houria, responsable du comité de justice et des affaires sociales : « ses membres sont élus lors des congrès populaires. Ils s’occupent des mariages, des divorces, des litiges entre citoyens, des décès. Prochainement deux jeunes vont se marier, nous allons les réunir et nous discuterons du contrat de mariage. Nous organiserons la fête avec le groupe musical, en concertation avec le comité d’approvisionnement, nous estimerons s’il est possible de tuer une chèvre ou un mouton pour cette grande occasion. En lien avec le ministère de l’approvisionnement, le couple préparera sa tente dans les ateliers, les coussins de fabrication locale, le service à thé. Il n’est pas question d’acheter individuellement des objets utiles pour la vie ménagère puisque nous vivons sans argent. Dans les camps, il n’y a pas de magasin. L’état donne à chaque nouveau marié les mêmes biens de départ. Il est bien entendu que le choix des époux est libre, personne ne se marie sous la contrainte. Pendant cette période de guerre on se marie souvent assez vite, les hommes sont sur le front, les femmes dans les camps. On profite d’une permission pour célébrer le mariage désiré. »

Fatimatou s’exprime sur sa religion : « les femmes sahraouies ont toujours eu le visage découvert. Comment voulez-vous que dans le vie active, dure du désert, nous vaquions à nos occupations le visage caché !
De la même façon, notre interprétation du Coran ne permet pas à l’homme d’avoir plusieurs femmes, lorsque l’on nomadise toute accumulation de biens représente une entrave pour les déplacements.
La femme sahraouie lorsqu’elle est lassée de son mari ou indignée par son comportement peut divorcer et repartir dans sa famille.
Dans le Coran nous retrouvons les valeurs que la vie nomade développe, nous voyons l’importance donnée à la vie communautaire et à la solidarité entre les humains. Des nomades ne peuvent pas survivre sans aspiration à la vie communautaire. Que ferait un homme, une femme, seul dans le désert ? à la merci de mille difficultés insurmontables en solitaire ? l’individualisme amène la mort dans le désert. La vie communautaire préserve et développe la vie. »

Ces témoignages sont extraits du livre de Christiane Perregaux : « Femmes sahraouies, femmes du désert » (éditions l’Harmattan, 1990).

 

 

 

 

 

 

 

Les femmes ministres

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

E-AUDOIN Attachée de presse
mise à jour le 4 mai 2005,